Mensonges d’État, dumping social et Europe forteresse

Un scandale d’État

Ils ont menti. Sciemment, froidement, méthodiquement. Ils ont menti aux Français, ils ont menti à la représentation nationale, et ils ont tenté de faire mentir la police de la République.

Depuis samedi, Sébastien Lecornu et ses ministres n’ont qu’un mot à la bouche : La France insoumise. LFI responsable des violences, LFI attise la colère, LFI coupable de tout. Des mensonges. Leurs propres services le leur disaient. Un commissaire du renseignement territorial l’a écrit noir sur blanc : on lui a ordonné d’attribuer le mouvement à LFI, alors que tous ses collègues ont jugé cette accusation objectivement fausse.

Mesure-t-on seulement ce qui vient de se passer ? Un gouvernement aux abois, sans majorité, sans légitimité, sans la moindre réponse à la détresse sociale, a voulu se servir des services de l’État comme d’une officine pour fabriquer un coupable politique. Salir l’opposition plutôt que l’écouter. Jeter un parti en pâture plutôt que d’assumer sa propre faillite. Ce n’est pas une bavure. Ce n’est pas un excès de langage. C’est une dérive autoritaire. C’est un scandale d’État.

Laurent Nuñez peut jurer à la tribune que le renseignement ne s’occupe pas des partis politiques : c’est un mensonge de plus, prononcé devant la représentation nationale. Il savait, puisque c’est de son ministère que venait la consigne. Et ce n’est pas un coup d’essai. Lors de la garde à vue de notre collègue Rima Hassan, c’est lui-même, dans le wagon d’un train, qui a livré à la presse de fausses informations, au mépris du secret de l’enquête. Fuites mensongères hier, faux rapports de renseignement aujourd’hui : cet homme a prouvé qu’il était prêt à tout, contre l’État de droit, contre la République elle-même, pour nuire à l’opposition. Quand un ministre de l’Intérieur met l’appareil d’État au service de sa traque contre un parti d’opposition, c’est une dérive totalitaire. Laurent Nuñez doit quitter son poste de ministre, être révoqué de la haute fonction publique, et la justice doit se saisir de son cas.

À Strasbourg, les travailleurs disent non au 28e régime

Cette semaine, en session plénière à Strasbourg, une autre bataille se jouait. Mardi, des syndicalistes venus de toute l’Europe se sont rassemblés devant le Parlement européen contre le projet de « 28e régime ».

De quoi parle-t-on ? L’Union compte 27 États, chacun avec ses règles en matière de droit des sociétés, de fiscalité, de droit du travail et de protection sociale. La Commission veut y ajouter un 28e cadre, européen, auquel les entreprises pourraient choisir de se rattacher pour exercer dans plusieurs pays. Sur le papier, on nous vend de la « simplification » pour les start-ups. Dans les faits, c’est une sorte de 28e État virtuel, taillé sur mesure pour le patronat.

Car derrière les règles de création d’une entreprise, il y a des droits très concrets pour celles et ceux qui y travaillent : conventions collectives, droits syndicaux, consultation des salariés, représentation dans l’entreprise, encadrement des licenciements collectifs. Avec ce régime, une entreprise pourrait installer son siège là où les règles sociales sont les plus faibles et faire travailler ses salariés ailleurs. Elle pourrait multiplier les sociétés écrans, découper ses effectifs pour passer sous les seuils qui imposent un CSE ou des salariés au conseil d’administration. Ne soyons pas naïfs : tout est pensé pour ça. Se débarrasser des droits et des libertés qui encombrent les actionnaires. Éclater les collectifs de travail pour qu’il n’y ait plus personne en face avec qui négocier. Rendre la grève impossible, la revendication inutile, le syndicat introuvable. Comment s’organiser quand votre emploi dépend d’un droit taillé sur mesure, à des milliers de kilomètres ? Le 28e régime, c’est le rêve d’un patronat débarrassé du rapport de force.

Frontex : plus d’un milliard d’euros pour la honte

Cette semaine fut aussi le moment pour le Parlement européen de se prononcer sur le budget de l’Union pour 2027. Nous avons déposé des amendements pour en finir avec le financement de Frontex et réorienter ces moyens vers une véritable agence civile de sauvetage en mer.

Une fois de plus, ils ont été balayés. Et une fois de plus, on a vu le même bloc se former, de la Macronie à Marion Maréchal-Le Pen, en passant par François-Xavier Bellamy et Jordan Bardella. Toutes ces belles personnes, qui se disputent sur les plateaux, se retrouvent main dans la main dès qu’il s’agit de valider le budget colossal de Frontex. Qu’on ne s’y trompe pas : ensemble, ils forment aujourd’hui le bloc d’extrême droite de ce Parlement, unis par la même idéologie réactionnaire et le même obscurantisme.

Plus d’un milliard d’euros ! Pour quel résultat ? Les traversées n’ont pas cessé. Les morts, eux, se comptent par milliers en Méditerranée et dans la Manche. Voilà le seul bilan de cette agence : des noyés, des refoulements illégaux, des violations des droits humains documentées enquête après enquête. Cet argent est jeté par les fenêtres. Il ne sert qu’un agenda politique : rafles, déportations et camps de concentration pour migrants, loin de l’Europe forteresse, avec Frontex pour monter la garde.

C’est une honte. Alors que l’on ne vienne pas nous dire qu’il n’y a pas d’argent pour l’école, l’hôpital ou la transition écologique quand on claque des milliards pour la haine.

Samedi, toutes et tous dans la rue

Après des semaines de mobilisation, lycéens et étudiants continuent de ne rien lâcher. Professeurs, parents et syndicats se sont relayés à leurs côtés pour les protéger après plusieurs mutilations perpétrées contre des élèves encore mineurs. Les revendications sont les mêmes pour tous : partager les richesses, taxer les plus riches et les multinationales, investir dans les services publics. Comme ailleurs en Europe et dans le monde, c’est un système capitaliste à bout de souffle qui est contesté.

Le 17 octobre, ce sont près de 800 000 personnes qui se sont retrouvées dans les rues pour protester contre la vie chère, emportées par le mouvement de la jeunesse. Le 24 octobre, malgré de nombreuses interdictions et des changements de dernière minute, ce sont de nouveau 800 000 personnes qui ont défilé partout en France. Une démonstration de force, on ne fait pas taire un pays en interdisant ses mobilisations.

Car n’en déplaise au président qui souhaiterait réserver le droit de manifester aux organisations syndicales : manifester est un droit garanti par notre Constitution. Chacun et chacune est légitime à l’exercer. Ce n’est pas une faveur que le pouvoir accorde, c’est une liberté fondamentale que nul gouvernement n’a le droit de confisquer. Cette crise sociale est une crise politique. Si ce gouvernement continue de jouer le pourrissement, elle finira inexorablement en crise de régime. Il n’y a qu’une sortie possible : écouter le peuple.

Face à un pouvoir qui ment pour se maintenir, je laisse le dernier mot à Jean Jaurès, qui s’adressait lui aussi à la jeunesse dans son célèbre discours de 1903 :

« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

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