Une équipe pédagogique incomplète dans deux écoles sur trois à la rentrée 2026. Une heure de cours sur dix supprimée faute de professeur.es remplaçant.es. Des classes toujours plus chargées que la moyenne européenne. Voilà la réalité de l’école française après dix ans de macronisme. Et c’est précisément au moment où sortent les résultats de l’enquête PISA de l’OCDE que la droite redécouvre soudain l’urgence éducative. L’hypocrisie a des limites.
Le mauvais procès de PISA
Commençons par remettre les choses à leur place. Le classement PISA n’est pas un outil neutre : il a été conçu par une organisation dont la mission est d’évaluer des performances économiques, pas de mesurer la formation de citoyen.nes capables d’esprit critique, d’analyse ou d’ouverture culturelle. Un système scolaire peut très bien reculer dans ce classement tout en restant fidèle à l’ambition républicaine de l’école et inversement. Si les résultats français chutent, ce n’est donc pas la preuve que notre modèle éducatif échoue. C’est la preuve que la politique de marchandisation de l’école, menée précisément au nom de la performance internationale, a fini par produire ses propres échecs.
Regardons maintenant qui s’en émeut aujourd’hui. D’anciens ministres de l’Éducation, d’anciens ministres du Budget, d’anciens Premiers ministres, les mêmes qui ont organisé, année après année, l’affaiblissement du service public d’éducation. On ne peut pas couper les postes, geler les salaires et sacrifier la formation des enseignants pendant des années, puis s’étonner que les résultats se dégradent. Cette baisse n’a rien d’un mystère : elle est la conséquence directe de choix budgétaires assumés.
L‘illettrisme, l’urgence dont personne ne parle
Il y a aussi une urgence que les classements internationaux ne mesurent jamais : celle de l’illettrisme. Plus d’1,5 million de personnes sont concernées dans l’Hexagone. Le chiffre grimpe à 25 % à Mayotte et à plus de 20 % en Guyane. Avec la dématérialisation croissante des démarches administratives, ces citoyens se retrouvent chaque jour un peu plus exclus de leurs droits, incapables même de régler une facture ou d’organiser un déplacement en ligne. Une République qui tolère une telle fracture n’a pas de leçons à donner sur l’excellence scolaire.
Reconstruire l’école, pas courir après un classement
Face à ce constat, il ne s’agit pas de courir après un meilleur classement PISA, mais de reconstruire une école publique, laïque et gratuite, capable de porter une véritable ambition d’égalité et d’émancipation.
Cela commence par les moyens humains : recruter massivement, titulariser les enseignants précaires, revaloriser des salaires qui placent aujourd’hui les professeurs français très en dessous de la moyenne européenne (jusqu’à 26 % de moins que la moyenne OCDE dans le premier degré) et créer de véritables écoles universitaires des métiers de l’éducation, avec un pré-recrutement accessible aux jeunes de tous les milieux sociaux.
Cela passe aussi par la gratuité réelle de l’école : cantines, transports scolaires, manuels et fournitures ne devraient jamais peser sur le budget des familles. C’est une condition simple de l’égalité entre élèves.
Cela suppose enfin de faire de l’école un outil de la bifurcation écologique, en intégrant cet enjeu dans tous les programmes, du plus jeune âge au lycée, et en rénovant des bâtiments scolaires trop souvent vétustes et mal adaptés aux enjeux sanitaires et environnementaux actuels.
Notre jeunesse n’est pas une ligne de dépense à réduire : c’est notre principale richesse collective. Dès 2027, un véritable sursaut d’investissement dans l’éducation sera nécessaire. Non pas pour flatter un classement, mais parce qu’un pays qui désinvestit dans la formation de ses enfants prépare, lentement mais sûrement, son propre déclin.