Il y a des semaines où l’on se dit que tout part à vau-l’eau dans la France de Macron. Celle-ci en fait partie. La justice s’acharne sur les voix qui dérangent, l’Assemblée nationale vote un permis de tuer, et l’Élysée continue de distribuer les postes clés à ses alliés de droite. Regardons ça de près, parce que tout se tient.
La justice s’acharne : le cas Rima Hassan
Commençons par la justice, et par ce qui arrive à ma collègue Rima Hassan. Elle devait comparaître cette semaine pour un tweet, un tweet supprimé sans jamais s’en faire l’écho complaisant. Le procès a été renvoyé à octobre, mais l’acharnement, lui, ne faiblit pas : garde à vue, ministre de l’Intérieur qui signale personnellement le message, associations qui se multiplient comme parties civiles.
Regardez ce contraste, il en dit long. Pour un système organisé de détournement d’argent public pendant dix ans, la justice met des années et finit par ouvrir la porte à la présidentielle. Pour un tweet d’une eurodéputée qui défend le peuple palestinien, on mobilise la police, le parquet, le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice, et leurs équipes.
Je le dis sans détour : ce n’est pas de la justice, c’est de l’acharnement politique. On veut faire taire Rima Hassan, et à travers elle, faire taire toutes celles et ceux qui refusent de se taire face à ce qui se passe en Palestine. Ça ne passera pas.
L’Assemblée vote un permis de tuer
Mais cette même semaine, pendant que la justice s’acharnait sur un tweet, l’Assemblée nationale s’attaquait à un autre pilier de notre État de droit. Les députés ont voté une présomption de légitime défense pour les policiers et gendarmes qui font usage de leur arme. En clair, ce ne sera plus à l’agent de justifier pourquoi il a tiré, ce sera à la victime, ou à sa famille, de prouver que le tir n’était pas légitime. On inverse la charge de la preuve, et on le fait sciemment.
313 voix pour, 199 contre : le gouvernement main dans la main avec le RN, la droite et le centre. Une fois de plus, les macronistes ouvre grand la porte aux lois fascistes.
Amnesty International parle d’un « vote de la honte » ; je n’ai pas de mots plus doux. La France tue déjà plus que n’importe quel pays d’Europe lors d’interventions policières. Ce texte, c’est un blanc-seing donné par avance. En 1981, la France abolissait la peine de mort. En 2026, une partie de sa représentation nationale vote, dans les faits, un permis de tuer pour certains et une double peine pour les familles des victimes. Pire : il permet qu’une policière ou un policier prononce, seul, loin de toute forme de justice, la sanction ultime.
Buffet au Défenseur des droits : le loup dans la bergerie
Et comme si la semaine n’était pas assez chargée, Emmanuel Macron a trouvé le moment idéal pour proposer de nommer le sénateur LR François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits. L’homme qui s’est opposé au mariage pour tous, qui a voté contre l’extension de la PMA, qui a combattu la constitutionnalisation du droit à l’avortement, ce même homme deviendrait le gardien institutionnel de nos libertés et de nos droits fondamentaux.
Il faut le faire. On ne peut pas confier la défense des droits à quelqu’un dont toute la trajectoire politique consiste à les rogner. Ce n’est pas un hasard, c’est une méthode. Après avoir affaibli la justice, laissé passer une loi liberticide à l’Assemblée, Macron s’attaque maintenant à l’un des derniers contre-pouvoirs indépendants du pays.
Un jeune pompier nous oblige
La semaine a été rude. Elle a aussi été endeuillée. Un jeune sapeur-pompier volontaire de 22 ans a perdu la vie en luttant contre les feux de forêt en Savoie. J’ai une pensée sincère et solidaire pour sa famille, ses proches, et pour l’ensemble de ses collègues pompiers. Cette perte touche toute la nation, toutes sensibilités confondues, tant elle nous rappelle le courage et le dévouement de ces héros du quotidien qui, chaque jour, risquent leur vie pour protéger les nôtres.
Sans vouloir instrumentaliser ce drame ni tomber dans la polémique, il est de notre devoir de rappeler une réalité que le dérèglement climatique aggrave un peu plus chaque année. Les canicules se multiplient, les sécheresses s’installent, et avec elles le risque d’incendies toujours plus intenses et plus fréquents. J’avais alerté dès l’été dernier sur cette multiplication des vagues de chaleur et sur le danger accru qu’elles font peser sur nos territoires. Ce constat n’est pas un prétexte pour polémiquer, c’est une invitation à agir. Réussir la bifurcation écologique, ce n’est pas seulement protéger le climat, c’est aussi protéger celles et ceux qui, chaque été, mettent leur vie en jeu pour éteindre les flammes. Moins de dérèglement climatique, c’est moins de canicules, moins d’incendies, et donc moins de risques pour nos pompiers. On le doit à ce jeune homme de 22 ans, et à toutes celles et ceux qui portent cet uniforme avec courage.
Rien n’est joué
Cette semaine nous dit surtout une chose : rien de tout cela n’est écrit d’avance. La loi sur le permis de tuer doit encore passer par le Sénat. La nomination de Buffet doit encore être validée par le Parlement. À chaque étape, il y a une bataille à mener et à chaque étape, on peut encore gagner.
Ce n’est pas le moment de baisser les bras, c’est le moment de s’organiser, encore et toujours. La résistance ne se décrète pas une fois pour toutes, elle se construit chaque semaine, dans la rue, dans les urnes, dans nos mobilisations.
Alors on continue, ensemble.
Siamo tutti antifascisti !