C’est la rentrée !
Voilà que septembre a repointé son nez, et avec lui son lot de sacs à dos neufs, de listes de fournitures et de cahiers du jour. Mais cette rentrée 2026 nous montre déjà, mairie après mairie, ce que veut dire concrètement le choix d’un projet de société. D’un côté, des municipalités insoumises qui font le pari de la solidarité. De l’autre, des mairies RN qui rognent sur les moyens et détricotent méthodiquement ce que des années de mandatures précédentes avaient mis en place.
Car la réalité de cette rentrée, partout en France, ce sont encore des dizaines de classes sans professeur, des enfants en situation de handicap privés d’AESH faute de recrutements suffisants, des écoles vétustes qui deviennent des fournaises l’été et des glacières l’hiver, et des familles qui doivent puiser dans un budget déjà exsangue pour acheter cahiers, cartables et calculatrices. Aujourd’hui, deux tiers des familles françaises doivent limiter leurs dépenses scolaires. C’est dans ce contexte que le choix politique d’une mairie change tout, très concrètement, pour des milliers de gamins et de leurs parents.
Et heureusement, il y a celles et ceux qui, à l’échelle locale, choisissent la solidarité plutôt que l’abandon. À Vénissieux comme à Saint-Denis, les maires insoumis ont fait le choix de rendre les fournitures scolaires gratuites pour tous les élèves. Au Tampon, à La Réunion, la nouvelle municipalité de gauche a décidé de mettre une ATSEM dans chaque classe dès cette rentrée : 141 emplois créés d’un coup, autant de mains en plus pour accompagner nos enfants et soulager les enseignants. Voilà ce que ça veut dire, gouverner à gauche : mettre les moyens là où sont les besoins.
Pendant que les mairies insoumises font le choix de la solidarité, le Rassemblement national et ses alliés, eux, suppriment des aides aux familles. À Nice, le maire RN-UDR Éric Ciotti a supprimé les fournitures scolaires gratuites pour 22 000 élèves. À Hayange, le maire RN a purement et simplement supprimé les navettes scolaires, juste avant la rentrée, privant des dizaines de familles d’une solution simple pour amener leurs enfants à l’école. Et ce n’est pas un hasard si ce sont, bien souvent, des dispositifs construits par les mandatures précédentes que ces mairies choisissent de détricoter en priorité. Quand la gauche construit patiemment des services publics utiles au quotidien, l’extrême droite arrive et démolit. C’est aussi simple, et aussi cruel, que ça.
Et pendant ce temps, que fait le gouvernement ? Ce lundi 31 août, Sébastien Lecornu réunissait ses ministres en séminaire de rentrée pour parler budget. Sur le papier, l’ordre du jour aurait dû porter sur les moyens à donner à l’école de la République. Dans les faits, rien de sérieux n’en est sorti, à part la sempiternelle antienne : économies, baisse de moyens, austérité. La porte-parole du gouvernement a même osé dénoncer de prétendues « contre-vérités » sur les moyens de l’Éducation nationale. L’ironie est amère, quand ce sont les classes surchargées et les postes non pourvus qui parlent, mieux que n’importe quel élément de langage. Car la méthode, elle, ne change pas. Elle consiste, année après année, à faire payer les plus modestes et à rogner sur les services publics, pendant que les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et les allègements fiscaux pour les plus riches se poursuivent, organisés méthodiquement par une classe dirigeante dont l’unique boussole semble être de séparer un peu plus les élites fortunées des citoyennes et des citoyens modestes, sommés eux de donner toujours davantage de leur temps, de leur travail et de leur santé.
Il est temps d’inverser cette logique. L’école de la République, comme la santé ou le logement, n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. C’est un choix de société. Ce choix, nous continuerons à le porter, avec les enseignants, avec les familles, avec toutes celles et ceux qui refusent que la facture de l’urgence sociale retombe toujours sur les mêmes épaules, et avec chaque mairie qui prouve, chiffres à l’appui, qu’un autre choix est possible.
Laïcité : revenir aux fondamentaux
En cette nouvelle rentrée, l’odeur nauséabonde de la haine portée historiquement par l’extrême droite revient dans le débat public avec l’interdiction du voile. Il est donc, une fois de plus, important de reprendre et de rappeler les bases de la laïcité en France. La laïcité protège la liberté de croire ou de ne pas croire, c’est-à-dire la liberté de conscience et de culte. La loi de 1905 assure également l’égalité en droit de tous les citoyens, peu importe leur confession, leur croyance ou leur absence de croyance, mais elle apporte aussi la sécurité à toutes les croyances sans préférence, en garantissant le pluralisme religieux. Dernier pilier : la neutralité de l’État. Cela ne signifie pas que les citoyens le sont. Par ailleurs, à part la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux dans les écoles, qui n’est qu’une loi d’exception, le citoyen usager du service public n’est pas soumis, et ne doit pas l’être, à cette obligation réglementaire. La neutralité est réservée à l’agent et à l’institution, là encore pour garantir l’égalité de traitement.
Ne pas comprendre et ne pas appliquer ce principe, vouloir y déroger, c’est rompre avec l’égalité républicaine et permettre au suprémacisme religieux de revenir au sommet de nos institutions, dans le pouvoir et dans la loi. On comprend bien, en cela, le projet du Rassemblement national.
On ne peut plus accepter que, chaque rentrée, ressurgisse un pseudo-débat sur le voile qui ne vise qu’à attiser la haine contre les musulmanes et les musulmans. Ce déchaînement, à géométrie très variable, en dit long sur ceux qui l’organisent. Ces mêmes responsables de l’extrême droite, qui cachent leur relent antisémite au fond du tiroir pour paraître plus fréquentables, n’ont plus aucune retenue quand il s’agit de stigmatiser les musulmans. Cela prouve une chose : l’extrême droite ne change pas, elle transfère simplement sa haine des personnes de confession juive vers celles de confession musulmane, et affiche ainsi au grand jour son islamophobie. La laïcité mérite mieux que d’être le prétexte permanent d’une chasse aux musulmans. Elle mérite d’être défendue pour ce qu’elle est vraiment : un principe d’émancipation et de liberté pour toutes et tous, pas une arme de division.
Djamel Bendjaballah, un an après, toujours pas de justice
Enfin, pour finir ce billet de blog, je veux revenir sur le 31 août 2024, ce jour noir pour la France où le racisme désinhibé a frappé Djamel Bendjaballah, écrasé à trois reprises sous les yeux de sa fille de 10 ans par un homme se revendiquant de la « Brigade française patriote », groupuscule d’extrême droite qui organise des entraînements paramilitaires et diffuse des appels à la violence raciste, et qui avait harcelé Djamel et sa famille depuis deux ans à coups d’insultes racistes et islamophobes. Malgré trois plaintes déposées, la justice, la police, l’État n’ont rien fait, et notre frère, notre citoyen, l’a payé de sa vie. Et aujourd’hui encore, la justice ne qualifie pas ce crime de crime raciste, malgré l’ensemble des éléments qui convergent en ce sens.
Quand un néonazi meurt dans un guet-apens qu’il a lui-même créé, l’Assemblée nationale observe une minute de silence, la présidente du Parlement européen se sent obligée de citer la victime et d’adresser ses vœux et ses pensées à sa famille. Mais où sont donc les hommages de la nation à Djamel ? Où sont les drapeaux en berne ? Où sont les plateaux des chaînes en continu ? Leur silence est insupportable.
Donc, en cette semaine de rentrée 2026, mes pensées vont à toutes celles et ceux qui, sur le terrain, tiennent nos services publics à bout de bras. Mes vœux accompagnent les élèves de cette nouvelle génération sur le chemin de l’école et de l’émancipation, ainsi que ces femmes et ces hommes dont le métier est de transmettre coûte que coûte, plus forts que l’abandon. Et bien sûr, à la famille, aux proches et aux amis de Djamel, de Bruxelles à Strasbourg, de Paris à Dunkerque, l’histoire de ce père de famille abattu sous les coups de la haine sera racontée, pour ne jamais la banaliser, pour ne jamais l’oublier.