Ce 21 janvier 2026 à Strasbourg, le Parlement européen a adopté la résolution portée par notre délégation de la France insoumise et le groupe de la Gauche demandant la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne afin de vérifier la conformité de l’accord de libre-échange UE Mercosur avec les traités européens. Cette décision est une victoire politique majeure. Elle démontre que la mobilisation des élu·es de gauche, des agriculteur·rices·s, des syndicats et des citoyen·nes peut encore imposer un coup d’arrêt à la fuite en avant libérale de la Commission européenne et du Conseil.
Initiée par Manon Aubry et la délégation insoumise, cette résolution a rassemblé 145 eurodéputés de 21 nationalités issus de plusieurs groupes politiques. L’ensemble des 46 membres du groupe de la Gauche au Parlement européen l’a soutenue sans exception. Désormais, la justice européenne devra se prononcer sur la légalité d’un traité dont la compatibilité avec les engagements démocratiques, climatiques et sanitaires de l’Union est profondément contestée.
Un accord de libre-échange contre les peuples et le climat
L’accord UE Mercosur s’inscrit dans une longue tradition de politiques commerciales européennes fondées sur l’ouverture des marchés, la baisse des droits de douane et la mise en concurrence des économies. Négocié depuis 1999, conclu politiquement en 2025 et signé en janvier 2026, il vise à créer une vaste zone de libre-échange entre l’Union européenne et le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, couvrant près de 780 millions de consommateurs sur les deux continents.
Présenté comme stratégique par la Commission européenne, cet accord est censé renforcer la position économique et géopolitique de l’Union dans un monde marqué par les tensions commerciales et la concurrence entre grandes puissances. En réalité, il révèle une contradiction majeure. L’Union européenne affirme vouloir défendre le climat, des normes sociales élevées et un modèle de développement durable, tout en poursuivant des accords qui intensifient les échanges à longue distance et organisent la concurrence entre systèmes agricoles, industriels et sociaux profondément inégaux.
Les négociations se sont, en outre, déroulées dans un contexte de reculs environnementaux et démocratiques dans plusieurs pays du Mercosur, notamment en matière de protection des écosystèmes et des droits des peuples autochtones. Malgré cela, l’Union européenne a maintenu une approche essentiellement commerciale, reléguant les enjeux sociaux, écologiques et démocratiques au rang de clauses secondaires non contraignantes.
Un modèle productiviste qui fragilise des deux côtés de l’Atlantique
Ni l’Union européenne ni les pays du Mercosur ne manquent de capacités productives pour répondre aux besoins essentiels de leurs populations. Les crises agricoles, industrielles et sociales actuelles ne relèvent pas d’un déficit de production, mais d’un modèle économique fondé sur le productivisme, la pression sur les coûts, la financiarisation et l’abandon de la planification publique.
En Europe, certains secteurs tournés vers l’exportation pourraient tirer profit de l’accord. Mais les éleveur·ses, les petits producteur·rices et les territoires ruraux seraient exposés à une concurrence déloyale avec des produits importés ne respectant pas les mêmes normes sanitaires, environnementales et sociales. Cette réalité explique la colère agricole qui s’exprime depuis des années et qui a trouvé un nouvel écho avec l’accord UE/Mercosur.
Dans les pays du Mercosur, l’accord renforcerait une spécialisation économique fondée sur l’exportation de matières premières agricoles, minières et énergétiques. Il accentuerait la concentration des terres, la déforestation, l’extension de l’élevage industriel et l’éviction des agricultures paysannes au profit de grandes exploitations tournées vers l’exportation. Les bénéfices seraient captés par une minorité d’acteurs économiques, tandis que les coûts sociaux, environnementaux et sanitaires seraient supportés par les populations locales.
Un choix climatiquement irresponsable
Sur le plan climatique, l’accord UE/Mercosur est profondément irresponsable. Il encourage la déforestation, les monocultures, l’élevage industriel et l’explosion des émissions liées au transport maritime à longue distance. Ce choix politique consiste à externaliser la pollution et à préserver les profits plutôt qu’à transformer réellement nos modes de production.
Ce modèle nourrit directement la colère sociale et le désespoir démocratique. En Europe comme en Amérique du Sud, les peuples constatent que les accords commerciaux enrichissent les grandes entreprises pendant que les conditions de vie se dégradent. Cette injustice alimente la défiance démocratique et crée un terrain favorable à la montée des forces réactionnaires.
Contrairement au discours dominant, le problème n’est pas l’existence de normes sociales et environnementales. Le problème est un modèle économique qui empêche les agriculteur·rices et les travailleur·euses de vivre dignement de leur travail tout en organisant une concurrence généralisée entre territoires.
Une victoire d’étape et une bataille qui continue
La saisine de la Cour de justice est une victoire politique décisive. Elle met en lumière les failles juridiques, démocratiques et sanitaires de l’accord UE/Mercosur. Il serait désormais totalement inacceptable que la Commission européenne ou le Conseil envisagent une application provisoire de l’accord avant même l’avis de la Cour. Une telle décision serait une insulte aux agriculteur·ices mobilisés depuis des années et à l’ensemble des citoyen·nes européens.
Refuser l’accord UE/Mercosur, ce n’est pas refuser la coopération internationale. C’est, au contraire, affirmer qu’une autre voie est possible. Une voie fondée sur la relocalisation des productions essentielles, la redistribution des richesses, la coopération entre peuples et une convergence sociale et écologique par le haut.
Pour nos agriculteur·ices, pour le climat, pour la santé publique et pour la démocratie, je reste pleinement mobilisé. Cette victoire est une étape. Le combat continue pour que l’accord UE/Mercosur soit définitivement rejeté et qu’une autre politique commerciale européenne voie enfin le jour.