Accord UE/Mercosur : quand le libre échange sacrifie les peuples le climat et l’agriculture

Depuis plus de vingt ans la droite européenne les libéraux et leurs alliés poursuivent une même trajectoire politique celle du libre-échange présenté comme une évidence économique et une nécessité géopolitique. L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur s’inscrit pleinement dans cette logique. Négocié depuis 1999, conclu politiquement en 2019 et signé en janvier 2026, il vise à créer une vaste zone commerciale entre l’Europe et le Brésil l’Argentine l’Uruguay et le Paraguay. Derrière les discours officiels sur la compétitivité et l’influence internationale cet accord révèle en réalité les contradictions profondes du projet commercial européen et ses effets destructeurs pour les peuples et le vivant.

La Commission européenne justifie l’accord UE/Mercosur par la nécessité de sécuriser des
débouchés pour les entreprises européennes et l’accès à des matières premières stratégiques dans un contexte de tensions internationales. 

Mais cette vision strictement marchande ignore volontairement une réalité centrale. Ni l’Union européenne ni les pays du Mercosur ne manquent de capacités productives pour répondre aux besoins essentiels de leurs populations. Les crises agricoles, industrielles et sociales que nous traversons ne sont pas dues à un manque de production mais à un modèle économique fondé sur la mise en concurrence généralisée, la pression sur les coûts et l’abandon de toute planification publique.

Depuis des années, la droite, les libéraux et l’extrême droite ont parfaitement joué leur rôle.
Ils ont installé l’idée que si nos agriculteur·rice·s et nos industries ne seraient plus compétitifs ce serait à cause des normes sociales environnementales et sanitaires. Cette lecture est trompeuse et dangereuse. Le problème n’est pas que les pays du Mercosur n’aient pas ces normes. Le problème est précisément qu’ils ne les ont pas. Mettre en concurrence des systèmes profondément inégaux ne protège, ni l’emploi, ni l’agriculture, ni l’environnement. Cela organise un dumping social et écologique qui tire tout le monde vers le bas.

L’expérience d’autres accords de libre-échange comme le CETA l’a déjà démontré. Les
bénéfices sont captés par les grandes exploitations agricoles et les grands groupes industriels capables de produire en masse, d’exporter loin et d’absorber les coûts logistiques. Les petit·e·s producteur·rice·s, les éleveur·euse·s, les paysan·ne·s labellisé·e·s bio, qui font pourtant la richesse de nos territoires, en sont les grands perdants. Avec l’accord UE/Mercosur, cette logique serait amplifiée. Les éleveurs et éleveuses européennes seraient exposés à une concurrence de viandes produites dans des conditions sanitaires sociales et environnementales bien moins exigeantes tandis que certains secteurs exportateurs seraient encouragés à poursuivre un modèle productiviste déjà à bout de souffle.

Sur le plan industriel l’accord bénéficie également à des stratégies de contournement. Dans des secteurs comme l’automobile les constructeurs européens cherchent à écouler sur les
marchés du Mercosur des véhicules plus polluants, moins régulés et plus rentables. Cette
orientation permet de préserver des marges tout en externalisant la pollution et en retardant la transformation écologique réelle de l’industrie européenne. Là encore, les peuples paient le prix d’un choix politique qui privilégie les profits à court terme.

Les conséquences pour les pays du Mercosur sont tout aussi graves. L’accord renforce une
spécialisation économique fondée sur l’exportation de matières premières agricoles minières
et énergétiques. Il accentue la concentration des terres, la déforestation, la destruction des
écosystèmes et l’éviction des agricultures paysannes au profit de grandes exploitations
tournées vers l’exportation. Les bénéfices sont captés par une minorité d’acteurs
économiques tandis que les populations locales subissent les dégâts sociaux, sanitaires et
environnementaux.

Sur le plan climatique, l’accord UE/Mercosur est une fuite en avant. Il encourage la déforestation massive, le développement de l’élevage industriel, les monocultures de soja et
l’explosion des transports maritimes à longue distance. Ce choix est incompatible avec les
engagements climatiques affichés par l’Union européenne. Il illustre une stratégie cynique :
produire ailleurs ce qui devient politiquement inacceptable ici, pour préserver un modèle
économique qui refuse de se transformer.

Ce modèle nourrit directement la colère sociale et le désespoir démocratique. En Europe
comme en Amérique du Sud les peuples voient que les accords commerciaux enrichissent une minorité pendant que leurs conditions de vie se dégradent. Les agriculteurs et agricultrices disparaissent, les territoires se vident, les écosystèmes s’effondrent et les travailleurs sont sommés d’accepter la concurrence comme horizon indépassable.

Cette violence sociale alimente la montée des forces réactionnaires qui prospèrent sur
l’abandon et la perte de repères.

Pourtant une autre voie est possible. L’Europe comme les pays du Mercosur ont la capacité
de nourrir leurs populations localement et de développer des économies fondées sur la justice sociale, la relocalisation des productions essentielles et la protection du vivant. Les échanges internationaux ne doivent pas être organisés autour de la prédation et de la concurrence, mais autour de la coopération. Coopération scientifique pour affronter la crise climatique, coopération agricole pour partager des savoir-faire durables, coopération industrielle pour produire ce qui est utile et socialement nécessaire.
Refuser l’accord UE/Mercosur ce n’est pas se replier sur soi. C’est affirmer un choix
politique clair, celui de la solidarité entre les peuples contre le dumping social et écologique,
celui de la convergence par le haut plutôt que la compétition généralisée. Face aux impasses du libre-échange défendues par la droite, les libéraux et l’extrême droite nous portons une alternative fondée sur la redistribution des richesses la relocalisation des productions et une coopération internationale respectueuse des peuples et du vivant.