Ce jeudi 2 mai, Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, et Nikos Christodoulides, le Président chypriote, sont en visite au Liban. Une nouvelle destination avec, toujours, la même obsession : “stopper” les arrivées de chercheurs et chercheuses de refuge sur le territoire européen, signer des accords et verser des millions d’euros à des pays tiers, pour qu’ils “gèrent” ces arrivées indésirables d’exilé·e·s à la place de l’Union européenne.
Aujourd’hui, à Beyrouth, l’Union européenne est sur le point de financer et de se rendre complice une nouvelle fois de violations graves du droit international, du droit européen, et des droits fondamentaux des exilé·e·s.
Pendant ce temps, le gouvernement de la République de Chypre, un des premiers pays d’entrée en Europe pour de nombreux·ses chercheurs et chercheuses de refuge venu·es du continent africain, de Turquie, du Liban et de Syrie, vient d’annoncer la suspension des procédures d’asile pour les demandeur·se·s syrien·ne·s.
Dans une lettre envoyée mardi au Vice-Président de la Commission européenne Margaritis Schinas, et à la Commissaire européenne Ylva Johansson, nous, solidaires, alertons sur ces violations graves du droit d’asile, du droit européen et du droit international. Je vous explique la situation ?
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Ce nouvel “accord” qui pourrait être signé entre l’UE et le Liban, impliquant des sommes pouvant aller de 400 millions à 3 milliards d’euros, s’inscrit dans la même lignée cynique d’accords similaires récemment conclus avec la Tunisie, l’Egypte ou la Mauritanie. Des pays où les droits humains sont loin d’être garantis, notamment pour les chercheurs et chercheuses de refuge. À chaque fois, l’objectif poursuivi est le même : externaliser à tout prix la gestion de l’asile et des migrations à des pays tiers, tant pis s’ils sont peu scrupuleux en matière de droits humains ! Tant pis, si des femmes, des hommes et des enfants y laissent leur vie ! Sous couvert d’aide au développement, l’Union européenne se décharge de ses responsabilités en versant des sommes colossales à des régimes autoritaires et coupables de crimes envers les exilé·e·s. C’est intolérable.
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Le 19 avril, suite à des attaques perpétrées par les autorités chypriotes envers les personnes fuyant le Liban et la Syrie, et au refus de porter secours à des exilé·e·s en danger en mer, entre Chypre et le Liban, l’ONG EuroMed Droits et d’autres organisations alertent au sujet de ces violations graves du droit international et du droit d’asile. L’organisation Alarm Phone explique que sur place : “??? ????????? ???? ???́??́?? ???? ?? ??? ????? ?? ????????? ????? ?????? ?? ?? ?????, ??????? ?????? ????? ???? ??????́?? ?? ??? ???? ????̀? ?? ?̀ ?’???, ?? ?̀ ?’????????????, ????? ??̂?? ??’????? ???? ?????́?? ???? ??? ????????? ?’?????̂?? ???????.” Un témoignage glaçant, appuyant les préoccupations d’Euromed Droits.
En effet, entre Chypre et le Liban, les embarcations d’exilé·e·s sont renvoyées d’un pays à l’autre, les autorités redoublent de violences, tandis que le gouvernement chypriote annonçait il y a quelques jours la suspension des procédures d’asile pour les demandeur·se·s d’asile syrien·ne·s. Ce même gouvernement qui fait pression pour que soient déclarées comme “sûres” certaines régions de Syrie pour les exilé·e·s, alors même qu’ils et elles y sont en danger. Considérer certaines zones de Syrie comme “sûres” est d’autant plus problématique, que les chercheurs et chercheuses de refuge pourraient y être renvoyé·e·s en violation du principe de non-refoulement. La non-assistance en mer et les renvois vers le Liban sont également illégaux.
Du côté libannais, les atteintes au droit d’asile aussi se multiplient : aucune protection internationale pour les syrien·ne·s, qui se retrouvent sans accès à leurs droits fondamentaux et plongé·e·s dans une insécurité et une précarité extrêmes. S’ajoutent à cela une campagne de propagande anti-syrienne et xénophobe de la part du gouvernement libanais depuis 2018 ou encore une vague d’arrestations et de perquisitions massives, suivies de refoulements illégaux en avril 2023… La multiplication de ces violences dont est témoin l’Union européenne doit à tout prix l’empêcher de signer un accord avec un pays qui ne respecte en rien les principes les plus fondamentaux du droit international ! Mais la poignée de main est déjà serrée.
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L’envoi de notre lettre est également motivé par une forte inquiétude quant à la criminalisation des associations de défense des droits des exilé·e·s et au rétrécissement de l’espace civique à Chypre. Dès février 2024, un courrier d’une quarantaine d’organisations appelait les autorités chypriotes à agir face au harcèlement et aux attaques subies par l’ONG KISA, qui lutte pour les droits humains et l’égalité pour tou·te·s à Chypre. En effet, l’association était victime, quelques jours auparavant, d’un attentat à la bombe ciblé, face à laquelle les autorités n’ont pas officiellement réagi, et aucune réelle enquête de police n’a été initiée.
Les organisations de défense des droits des exilé·e·s dénoncent une absence de soutien, de protection, et un mépris de la part des autorités du pays, envers KISA, mais aussi envers les voix indépendantes et les ONG qui viennent en aide aux exilé·e·s à Chypre. Loin d’être un événement isolé, cet attentat s’inscrit dans la ligne de nombreuses attaques physiques, morales et pénales envers les solidaires. Que les autorités ne s’opposent pas à l’intimidation et au discrédit du travail des défenseur·se·s des droits humains est extrêmement préoccupant !
Je partage les inquiétudes des ONG sur la montée de la rhétorique raciste et xénophobe et sur le rétrécissement de l’espace civique à Chypre, d’autant plus que cette criminalisation des solidaires, le Pacte asile et migration, adopté il y a quelques jours seulement au Parlement européen, la permet…
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À l’instar du Pacte asile et migration, ce type d’accord s’attaque aux effets des migrations, et non aux causes. Les exilé·e·s partent, au péril de leur vie, parce qu’ils n’ont plus d’autre choix pour survivre. Au lieu de les accueillir dignement, chacun se renvoie la balle, à coups de millions voire de milliards d’euros, quitte à bafouer le droit et à les faire subir aux exilé·e·s des violences inouïes.
De plus, la situation alarmante à Chypre ne fait que mettre en lumière l’impact qu’aura sur les exilé·e·s le “Pacte asile et migration”, tout juste adopté par le Parlement européen, que je n’ai cessé de dénoncer. La République de Chypre, comme tous les pays situés aux frontières extérieures de l’UE, ne pourront, seuls, assumer les responsabilités d’accueil digne et de protection des exilé·e·s au sein de l’UE. Ces pays se déclareront donc rapidement en situation de “crise migratoire” (une disposition prévue dans les textes du Pacte), et utiliseront des concepts dangereux tels que ceux de “pays tiers sûres” ou de “pays d’origine sûrs” pour refouler les exilé·e·s, au Liban, en Syrie, ou ailleurs. Violations du droit d’asile en suspendant l’enregistrement des procédures, refoulements, accords honteux avec les pays tiers dans une logique d’externalisation poussée à l’extrême : mes préoccupations quant aux violations graves documentées actuellement à Chypre, et à l’inaction de la Commission pour les faire cesser, perdureront malheureusement – voire se multiplieront après l’entrée en application du Pacte asile et migration.
NON à ce nouvel accord UE-Liban, qui ne résoudra rien ! NON, à ces dénis d’accueil et de protection cruels, qui deviennent la norme et qui font chaque jour la honte de l’UE. Au Parlement européen comme sur le terrain, le combat continue pour un accueil digne et inconditionnel et pour le respect du droit, en opposition avec ces politiques inhumaines, que je ne cesserai de dénoncer. C’est l’objet de notre lettre, à retrouver ci-dessous.