La directive Retour est devenue le symbole d’une Europe qui s’éloigne de ses valeurs fondamentales. Depuis 2008, elle organise l’expulsion, la rétention et la contrainte comme horizon politique commun. Présentée comme un outil d’harmonisation, elle est le produit d’un compromis toxique entre la droite, l’extrême droite et les forces politiques qui, au lieu de résister, ont choisi d’accompagner la dérive. La vérité est simple. Sans la complicité active des sociaux-démocrates et des libéraux, jamais cette directive n’aurait vu le jour dans cette forme, et jamais son durcissement n’aurait été possible.
Une directive pensée par la droite, imposée par l’extrême droite et validée par le centre
La directive Retour n’est pas née d’un besoin réel ni d’une demande sociale. Elle est née d’une bataille idéologique. Une bataille dans laquelle la droite européenne et l’extrême droite ont imposé leur agenda de peur, d’exclusion et de suspicion envers les migrants. Leur objectif n’a jamais été de répondre à des enjeux administratifs ou humanitaires, mais de construire une Europe obsédée par l’expulsion et la fermeture.
Mais cette orientation n’aurait jamais triomphé sans le rôle essentiel joué par les sociaux-démocrates et les libéraux. Ils ont cautionné le principe même de la directive. Ils ont fourni les majorités nécessaires à son adoption, et ils ont validé en 2024, dans le Pacte Asile et Migration, son durcissement le plus violent. Sous prétexte de compromis et de responsabilité, ils ont offert à la droite les clés d’une Europe répressive, et offert à l’extrême droite le terrain idéologique qu’elle réclamait depuis des décennies.
C’est cette alliance, souvent silencieuse, parfois honteuse, qui a transformé la directive Retour en colonne vertébrale de la politique migratoire européenne. Une politique qui ne protège personne. Une politique qui humilie. Une politique qui alimente les discours xénophobes au lieu de les combattre.
Pourquoi la directive Retour ne peut pas fonctionner
Cette directive échoue, non pas parce qu’elle serait mal appliquée, mais parce qu’elle repose sur une idée fausse et dangereuse. Elle suppose que la migration serait un problème que l’on pourrait « gérer » en expulsant toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin. Cette vision est absurde. Elle nie les causes profondes des départs. Elle ignore les guerres, les dictatures, les persécutions, la destruction des économies locales par des accords commerciaux inégaux, et les effets ravageurs du dérèglement climatique.
Et surtout, elle nie une réalité évidente. On ne peut pas expulser massivement des personnes dont les pays d’origine refusent les retours, ou qui risqueraient la torture, la mort ou la famine en cas de renvoi. La directive organise donc un gaspillage colossal de moyens publics. Des centres de rétention sont construits, des milliers de policiers mobilisés, des dispositifs sécuritaires multipliés, des accords bilatéraux signés, pour des résultats statistiquement insignifiants. L’accord franco-britannique de juillet 2025 en est un exemple criant. Construit sur la répression et l’arbitraire, il a été démantelé par la Cour Européenne des Droits de l’Homme tant il violait les droits fondamentaux dès octobre 2025.
Et pendant ce temps, la directive offre un spectacle politique permanent aux forces de la haine. Elle leur permet de prétendre que l’expulsion serait une solution. Elle entretient l’illusion que l’on pourrait empêcher les migrations par la force. Elle nourrit les passions tristes, les rancœurs et le rejet de l’autre. C’est la victoire culturelle la plus profonde de l’extrême droite, rendue possible par l’abandon idéologique du centre et des sociaux-démocrates européens.
Construire une véritable politique d’accueil, de justice et d’égalité
La solution n’est pas dans la directive Retour. Elle est dans la solidarité, la fraternité, l’égalité et l’internationalisme. Elle commence par le refus des accords commerciaux qui détruisent les économies locales et livrent des populations entières à l’instabilité. Elle passe par une action ambitieuse pour réparer les dégâts du dérèglement climatique et soutenir les pays les plus touchés par des transferts de technologie propre, une aide financière et matérielle, et des coopérations justes.
Elle exige la sortie de l’impasse de Schengen et de Frontex, qui ont militarisé nos frontières et transformé la Méditerranée en cimetière. Elle exige la suspension du règlement Dublin, qui pénalise les pays de première entrée, et la renégociation profonde des accords du Touquet, qui externalisent la frontière britannique sur le sol français au prix de vies humaines.
Elle implique de faciliter l’accès aux visas, de régulariser les travailleurs, les étudiantes, les étudiants, les parents d’enfants scolarisés. Elle impose de rétablir la carte de séjour de dix ans comme titre de référence. Elle impose la création d’un statut de détresse environnementale pour les personnes déplacées par le climat.
Elle demande que la France et l’Europe garantissent partout des structures d’accueil dignes, un accompagnement social réel. Elle demande la création d’un guichet unique d’accueil, simple, humain, accessible, loin du labyrinthe administratif actuel.
Elle repose enfin sur le respect intégral du droit d’asile. Cela implique de prendre le temps d’examiner chaque dossier, sans traitement expéditif, sans suspicion systématique, sans logique de rejet.
L’Europe doit faire un choix. Continuer sur la voie de la peur, tracée par la droite et l’extrême droite, acceptée et votée par les sociaux-démocrates et les libéraux. Ou reconstruire une politique fidèle à ses valeurs et à nos combats. Une politique qui place la dignité avant la force. La solidarité avant la suspicion. La justice sociale et climatique avant les murs et les barbelés.
Nous faisons ce choix. Celui de l’humanité. Celui de l’accueil. Celui de l’égalité. Celui de l’internationalisme. Celui d’un monde où personne ne devrait risquer sa vie pour trouver un avenir. La directive Retour doit appartenir au passé sombre de l’Europe, et nous devons construire son futur sur des bases humaines.