Paroles d’Exil 2025 – Dans la vallée des Gaves, un territoire qui choisit l’hospitalité

Du 25 au 28 juin, j’ai eu l’honneur de participer au festival Paroles d’Exil dans les Hautes-Pyrénées, au cœur de la vallée des Gaves. Ce moment de rencontres, de marches, d’art, de lectures et de débats partageait une conviction profonde : l’hospitalité n’est jamais un poids. Elle est une force qui transforme les territoires, crée du lien et redonne du sens à la solidarité.

Je m’y suis rendu pour saluer ce territoire magnifique et déterminé, mais aussi pour accueillir officiellement le Val d’Azun et les communes voisines comme 90e membre de l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants (ANVITA). Une étape importante pour ce réseau que j’ai la responsabilité de coprésider depuis sa naissance, et qui ne cesse de grandir grâce à l’engagement d’élus courageux et de citoyennes et citoyens mobilisés.

ANVITA, une vision de l’accueil inconditionnel

Créée en 2018 par 9 villes fondatrices, l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants réunit aujourd’hui 90 collectivités territoriales ainsi qu’une cinquantaine de membres individuels, dont de nombreuses élues et élus, locaux et nationaux.

L’ANVITA porte une conviction simple. Chaque personne doit pouvoir être accueillie dignement, quelles que soient son origine, son histoire ou les raisons qui l’ont conduite à chercher refuge. Ce réseau est un espace d’échange, de soutien et de construction collective. Les collectivités y partagent leurs dispositifs, se forment, inventent des solutions locales et construisent une stratégie de plaidoyer commune pour faire entendre la voix des territoires humanistes.

Accueillir n’est pas une contrainte. C’est un choix politique qui renforce les communes et protège les valeurs républicaines d’égalité, de solidarité et de dignité.

Un festival vivant, engagé et profondément humain

Pendant quatre jours, la vallée des Gaves a vibré au rythme des parrainages républicains, des concerts, des expositions, des lectures immersives, des ateliers artistiques, des débats philosophiques, des spectacles et des projections.

D’Arrens, Marsous à Aucun, d’Argelès, Gazost à Cauterets, de Pierrefitte, Nestalas à Luz-Saint-Sauveur, les habitantes et habitants ont transformé leurs rues, leurs places et leurs salles en espaces de fraternité où les récits d’exil, les créations locales et les pratiques culturelles se sont répondus avec émotion.

La Grande Marche pour l’Accueil traversait les villages et donnait à voir ce que signifie un territoire qui choisit l’ouverture. À chaque étape, les maires recevaient publiquement les nouvelles personnes parrainées. Les compagnies de théâtre, les troupes de danse, les chorales, les ateliers pour enfants, les bibliothèques, les foyers ruraux et les associations locales se succédaient pour célébrer la richesse de ce que nous construisons collectivement.

Les lectures de Passages de mémoires, la conférence sur les frontières dans les Pyrénées, les créations chorégraphiques issues d’ateliers avec des jeunes exilés, les projections de films comme Le Soleil se lève à Brest ou Bienvenue, ont rappelé la force de la culture pour dire l’exil, rendre visible l’invisible et ouvrir des chemins d’empathie.

Les moments de partage se sont enchaînés. Gâteaux du monde préparés par le Secours populaire, ateliers de dessin collectifs, déambulations enflammées, danses traditionnelles, concerts associatifs, spectacles évoquant les trajectoires d’exil. Chaque geste, chaque note, chaque mot rappelait que l’accueil est un acte vivant qui engage l’ensemble d’un territoire.

Pourquoi ce nouveau membre compte tant

Accueillir le Val d’Azun comme 90e membre de l’ANVITA n’est pas symbolique. C’est la reconnaissance d’un engagement ancien. Depuis plus de 20 ans, les associations locales, les habitantes et habitants, les communes et leurs élues et élus ont construit un véritable modèle d’hospitalité. Ils ont accompagné des familles, soutenu des mineurs non accompagnés, développé des espaces de vie sociale, encouragé la participation culturelle et permis à chacune et chacun de retrouver un chemin de dignité.

Ce territoire le prouve. L’accueil n’est pas un risque. C’est un moteur de vitalité humaine, culturelle et sociale. Dans les Pyrénées, plus de vingt langues sont parlées. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est celui d’une volonté politique assumée qui considère la diversité comme un trésor.

Faire de l’hospitalité une politique nationale et européenne

Ce que j’ai vu, entendu et partagé durant ces 4 jours renforce ma détermination de député européen à porter une politique d’accueil fondée sur la dignité humaine. Dans un contexte où la droite, l’extrême droite et parfois même une partie des forces libérales ou sociales-démocrates instrumentalisent la question migratoire pour semer la peur et la division, les territoires accueillants montrent un autre chemin.

Ils démontrent que l’accueil fonctionne lorsqu’il est organisé, coordonné et porté par des valeurs républicaines profondes. Ils montrent que l’intégration culturelle, économique et sociale est possible lorsque l’on donne des moyens aux communes et que l’on respecte les personnes.

L’Europe et la France doivent reconnaître ce rôle essentiel des territoires et leur donner enfin la place qu’ils méritent dans l’élaboration des politiques publiques. Les communes savent faire. Elles accueillent, accompagnent, logent, scolarisent, soignent et intègrent. Elles doivent être pleinement associées aux décisions et bénéficier des moyens nécessaires.

Paroles d’Exil 2025 n’a pas seulement été un festival. C’était une démonstration. Celle qu’un territoire solidaire, organisé et ouvert peut changer des vies et inspirer tout un pays.

Je veux remercier les organisatrices et organisateurs, les bénévoles, les habitantes et habitants, les artistes, les associations, les maires et toutes celles et ceux qui ont rendu ces moments possibles. Ensemble, nous affirmons un message clair. L’accueil digne n’est pas une utopie. C’est une réalité vécue par des milliers de personnes dans des centaines de communes.Et ce modèle continuera de grandir.
Parce que chaque territoire qui rejoint l’ANVITA fait reculer la peur et avancer la fraternité.