Je veux aujourd’hui prendre la parole pour Djamel Bendjaballah.
Je veux le faire comme député européen, comme militant antifasciste, mais aussi simplement comme être humain. Car derrière les mots que nous écrivons et derrière les combats politiques que nous menons, il y a des vies. Il y a des familles. Il y a des visages. Il y a des histoires qui auraient dû continuer.
Djamel aurait dû vivre.
Sa famille aurait dû être protégée.
Notre pays aurait dû reconnaître immédiatement la nature raciste du crime qui l’a frappé.
Depuis août 2024, la mère de Djamel, sa sœur Nadia, ses proches, se battent avec un courage admirable pour obtenir ce qui devrait aller de soi. La vérité. La justice. La reconnaissance du caractère raciste du meurtre de Djamel. Je veux leur dire ici toute mon admiration, tout mon respect, toute ma solidarité. Leur dignité force l’hommage. Leur ténacité force l’engagement politique.
Je pense à cette mère, droite sur les marches du tribunal de Dunkerque, qui porte une douleur immense et une exigence simple. Elle veut que l’on regarde la réalité en face. Elle veut que l’on cesse de travestir les faits. Elle veut que la justice ne détourne pas les yeux. Et elle a raison. Car il est impossible de comprendre ce crime sans regarder ce que Djamel a subi pendant des années. Le harcèlement. Les provocations racistes. Les humiliations. Les plaintes restées sans suite. Les craintes ignorées. Les armes retrouvées chez l’agresseur. L’idéologie d’extrême droite à laquelle il appartenait et qu’il assumait.
Nier tout cela, refuser de qualifier ce meurtre comme un acte raciste, revient à effacer une partie de la vérité. Cela revient à imposer à la famille une violence institutionnelle supplémentaire. Cela revient à dire que le racisme ne mériterait pas d’être nommé même lorsqu’il tue. Je refuse cette logique. Je refuse cet effacement. Je refuse cette injustice.
Car l’assassinat de Djamel n’est pas un acte isolé. Il est le symptôme d’une dérive profonde. Depuis des années, l’extrême droite avance. Elle gagne du terrain. Elle impose son vocabulaire, ses obsessions, ses peurs, ses fantasmes. Elle infiltre les institutions. Elle contamine le débat public. Elle transforme la haine en banalité. Et trop souvent, la droite traditionnelle, les gouvernements libéraux ou sociaux-démocrates ont choisi de céder au lieu de résister. Ils ont nourri la bataille culturelle de l’extrême droite au lieu de la combattre.
Ce renoncement politique a un prix. Ce prix, ce sont les violences. Ce prix, ce sont les intimidations. Ce prix, ce sont les groupuscules néonazis qui prospèrent dans notre pays, qui s’entraînent, qui s’arment, qui fantasment une guerre civile. Ce prix, ce sont les morts.
Djamel a été tué par un homme qui se réclamait d’un de ces groupes. Un homme qui l’a harcelé, humilié et menacé pendant trois ans. Un homme dont le racisme est inscrit noir sur blanc dans les échanges, dans les actes, dans les précédentes décisions judiciaires. Un homme qui, le jour du meurtre, a roulé à trois reprises sur un père de famille devant sa fille.
Nommer le racisme n’est pas une option, c’est un impératif démocratique. C’est une condition de justice. C’est un acte politique indispensable pour protéger toutes celles et ceux qui en sont victimes. Et c’est un message adressé à celles et ceux qui pensent encore pouvoir frapper en silence.
Le racisme tue.
L’extrême droite tue.
Nous ne détournerons jamais les yeux.
Je veux redire ici mon soutien total à la famille de Djamel. À sa mère Zora, son père Djellal et sa sœur Nadia. Leur combat est juste. Leur combat est nécessaire. Leur combat est exemplaire. Tant que la justice ne reconnaîtra pas la réalité de ce crime, tant que la vérité ne sera pas dite, tant que le racisme continuera d’être minimisé ou dissimulé, je serai à leurs côtés. Nous serons à leurs côtés.
L’hommage que nous devons à Djamel n’est pas seulement un hommage à sa mémoire. C’est un engagement. L’engagement de lutter contre toutes les formes de racisme. L’engagement de dénoncer toutes les complaisances envers l’extrême droite. L’engagement de reconstruire une République protectrice, solidaire et fidèle à ses principes.
Djamel avait quarante-trois ans. Il était père. Il était éducateur spécialisé. Il était apprécié et respecté. Il avait grandi à Grande-Synthe, ma ville, une ville ouvrière façonnée par la solidarité et l’espoir. Il incarnait ce que la République a de plus beau. Sa famille a raison de dire qu’il était solaire. Et c’est précisément pour cela que nous ne devons jamais accepter que son histoire soit réduite à un simple fait divers. Elle dit quelque chose de nous. Elle dit quelque chose de ce que nous devenons si nous ne réagissons pas.
Je continuerai à porter sa mémoire. Je continuerai à demander justice. Je continuerai à combattre l’extrême droite partout où elle menace. Pour Djamel. Pour sa famille. Pour toutes celles et ceux qui vivent sous la menace de la haine. Pour notre démocratie