Député européen depuis 2019 à Bruxelles, j’ai décidé, en 2024, de mener le combat avec la France Insoumise pour défendre une autre politique d’accueil à nos frontières, pour une politique environnementale à la hauteur de l’urgence climatique, pour défendre l’idée d’une Europe sociale et de justice, pour une meilleure répartition des richesses et pour bien d’autres combats qui se jouent désormais à l’échelle de 450 millions de citoyennes et citoyens, notamment celui de la lutte contre le fascisme.
Mais ce mandat européen ne m’a jamais fait oublier l’importance de mon précédent mandat de maire de la ville de Grande Synthe, ni le rôle fondamental que jouent les communes dans la transformation concrète de la vie quotidienne.
Hier, dimanche 15 mars 2026, le premier tour des élections municipales a livré ses premiers enseignements. Dans de nombreuses villes et villages de France, une partie des habitantes et habitants a exprimé une aspiration claire à construire une vie politique locale nouvelle, ancrée dans la transformation sociale, la solidarité et le vivre ensemble.
À Paris, Marseille, Lyon, Strasbourg, Nantes, Bordeaux, Grenoble, Rouen, Montpellier, Rennes, Clermont-Ferrand et dans bien d’autres villes encore, les électrices et électeurs ont envoyé un signal politique clair. Dans les urnes, ils ont permis aux candidates et candidats de la France Insoumise de se maintenir au second tour et d’ouvrir la perspective, pour les sept prochaines années, de voir des conseillères et conseillers municipaux défendre nos quartiers, les classes populaires, les citoyennes et citoyens solidaires et toutes celles et ceux qui refusent de voir leurs villes abandonnées aux logiques libérales ou réactionnaires. Nous prenons également acte du fait que dans un certain nombre de villes les candidates et candidats d’EELV, du Parti socialiste ou du Parti communiste sont arrivés devant et ont su rassembler un électorat. Mais cet électorat n’est pas majoritaire à lui seul. Face aux crises économiques, sociales et démocratiques que traverse notre pays, la responsabilité collective doit l’emporter. Nous devons garantir un bouclier face la droite (très penchée vers l’extrême-droite aujourd’hui) et l’extrême-droite. Assurer à nos collectivités des politiques publiques à la hauteur des enjeux du XXIe siècle suppose de trouver le chemin de la fusion des listes, sur la base d’accords clairs sur le fond comme sur la forme, sans sectarisme et sans outrance.
Je veux saluer à ce titre la responsabilité des candidates et candidats de la France Insoumise arrivés en tête de la gauche dans plusieurs villes, comme à Toulouse où François Piquemal et à Limoges où Damien Maudet ont, dès la publication des résultats officiels, tendu la main et proposé d’ouvrir immédiatement des discussions avec l’ensemble des forces de gauche afin de construire des majorités municipales capables de transformer nos territoires.
Il est aussi important d’évoquer des villes comme Saint Denis, gagnée dès le premier tour par Bally Bagayoko, mais également de saluer les scores de David Guiraud à Roubaix, Aly Diouara à La Courneuve et Lahouaria Addouche à Lille, des villes qui peuvent basculer dimanche lors du second tour pour le projet politique de la nouvel France.
Pour avoir été maire, je sais combien la diversité politique dans une majorité municipale peut être une force. Quand la gauche travaille ensemble dans le respect de ses sensibilités, les projets sont plus solides, plus réfléchis et souvent plus ambitieux. Les résultats sont là. C’est ainsi que nous faisons reculer la droite et l’extrême droite lorsque nous construisons de véritables majorités municipales où chaque groupe politique est représenté et participe à l’action publique, aussi bien dans les conseils municipaux que dans les intercommunalités.
Notre ambition est claire.
Une politique forte pour le logement et pour la rénovation thermique des bâtiments afin d’en finir avec les passoires énergétiques. Une politique qui permet aux ménages de gagner plusieurs dizaines d’euros par mois sur leurs factures d’énergie pendant l’hiver, un gain de pouvoir d’achat réel qui peut aussi soutenir une économie plus locale. Cela suppose aussi de remettre les communes au cœur de la bataille pour le logement, avec des politiques volontaristes de construction de logements publics, de régulation des loyers et de lutte contre la spéculation immobilière qui chasse trop souvent les classes populaires de nos centres villes.
C’est également le développement d’épiceries solidaires dans nos villes afin de garantir des produits locaux ou régionaux à des prix justes. Mais plus largement, c’est toute une politique de relocalisation de l’économie que nous voulons construire. Soutenir les commerces de proximité, développer les circuits courts entre producteurs et habitants, accompagner l’installation d’activités utiles socialement et écologiquement, faire des collectivités des acteurs majeurs de la transition écologique et sociale.
Nous voulons aussi retrouver des villes qui respirent. Des villes qui réorganisent leurs mobilités en donnant la priorité aux transports publics, aux mobilités douces, à la marche et au vélo. Des villes qui redonnent de la place aux espaces verts, aux parcs, aux jardins et à la nature en ville. Des villes capables d’adapter leurs aménagements face au dérèglement climatique, en végétalisant les espaces urbains, en luttant contre les îlots de chaleur et en protégeant les ressources naturelles.
L’éducation fait aussi partie de ce socle commun. Beaucoup de forces de gauche partagent l’objectif de garantir à chaque enfant de nos communes un repas sain, équilibré et nutritif, indépendamment des revenus de leurs parents. Mais c’est aussi l’accès à la culture, au sport, aux bibliothèques, aux centres sociaux et à tous ces services publics locaux qui permettent de faire vivre l’égalité réelle dans nos territoires.
Nous voulons également renforcer la démocratie locale en redonnant du pouvoir aux habitantes et habitants dans les décisions qui concernent leur quotidien. Assemblées citoyennes, budgets participatifs, implication du monde associatif et des collectifs locaux doivent devenir des outils permanents de la vie démocratique dans nos communes.
Sur ces sujets comme sur beaucoup d’autres, le nouveau communalisme que nous proposons peut devenir une réalité concrète dans nos territoires. Un communalisme qui place les besoins humains, la justice sociale et la transition écologique au cœur de l’action publique locale, et qui fait des villes des espaces de solidarité, de dignité et d’émancipation.
Ce qui est également clair pour moi, c’est que laisser la droite ou l’extrême droite gouverner nos villes n’apportera aucune solution durable pour améliorer la vie des populations. Les politiques toujours plus sécuritaires ne produisent que de la défiance et ne répondent pas aux problèmes sociaux qui traversent nos agglomérations. Elles se traduisent souvent par des dépenses massives dans la vidéosurveillance ou dans des dispositifs symboliques plutôt que dans des services publics utiles à la population.
Dans de nombreuses villes, la droite et l’extrême droite ont également démontré leur incapacité à répondre aux enjeux sociaux et écologiques de notre époque. Réduction des moyens pour les associations, recul des politiques culturelles, abandon des politiques de solidarité, privatisation ou délégation au privé de services publics locaux essentiels, spéculation immobilière qui fait exploser les loyers et éloigne toujours plus les classes populaires des centres villes. À cela s’ajoute une vision dépassée de l’aménagement du territoire qui continue de favoriser l’étalement urbain, le tout voiture et des projets coûteux et inutiles plutôt que des investissements dans les transports publics, les mobilités douces et la transition écologique.
L’extrême droite, quant à elle, gouverne souvent par la division. Elle oppose les habitants entre eux, stigmatise une partie de la population et transforme les municipalités en instruments de communication idéologique plutôt qu’en outils au service de toutes et tous. Là où elle dirige des collectivités, les politiques publiques se réduisent souvent à des mesures d’exclusion, à des attaques contre la vie associative ou culturelle et à une gestion autoritaire qui affaiblit la démocratie locale.
Ces orientations politiques ne répondent en rien aux défis auxquels nos villes sont confrontées. Les crises sociales, climatiques et démocratiques exigent au contraire des politiques publiques ambitieuses, solidaires et écologiques, capables de protéger les habitants tout en préparant l’avenir.
Pour toutes ces raisons, j’appelle à la responsabilité des socialistes, des écologistes et des communistes afin que les accords de fusion puissent être trouvés rapidement, dans le respect de chacun. Nos électrices et nos électeurs ne comprendraient pas que la gauche se divise pour des questions d’ego ou de calculs politiques.
La France insoumise a su tendre la main en 2022 avec la NUPES, puis en 2024 avec le Nouveau Front populaire. Hier encore, elle démontre sa volonté de construire l’unité nécessaire pour battre la droite et l’extrême droite.
Dimanche prochain, nous pouvons conclure ce cycle électoral la tête haute. Dans certaines villes, ce chemin passera par la victoire de la gauche et de l’insoumission. Dans d’autres, le combat continuera et la présence de conseillères et conseillers municipaux insoumis fera la différence pour défendre les habitantes et habitants.
Dans le même temps, la droite a définitivement franchi un cap inquiétant. Le Rubicon a été franchie avec des alliances qui tournent le dos à ce que représentaient autrefois le gaullisme ou le chiraquisme. La stratégie d’un prétendu front républicain dirigé contre la France Insoumise révèle surtout le basculement d’une partie du paysage médiatique et politique au service d’un projet conservateur et réactionnaire.
Cette campagne l’a encore montré. Plus de 150 candidats du Rassemblement national ont été mêlés à des affaires de racisme, de violences, d’antisémitisme ou d’islamophobie. Derrière le vernis médiatique, l’extrême droite reste fidèle à ce qu’elle a toujours été, un mouvement nourri de nostalgie autoritaire et de rejet de l’autre.
Cette bataille politique ne se joue pas seulement dans nos villes ou dans notre pays. Elle se joue aussi en Europe. Au Parlement européen, dans les couloirs et jusque dans les lieux informels du pouvoir, la droite et l’extrême droite négocient déjà des projets qui tournent le dos aux valeurs de solidarité, d’humanisme et de fraternité. Une internationale réactionnaire se structure, portée notamment par Meloni et Orban, et encouragée par le retour de Donald Trump sur la scène politique mondiale.
Face à cela, nous continuerons de nous mobiliser. Toute la semaine dans nos villes et nos quartiers pour convaincre, rassembler et construire. Et au Parlement européen comme partout ailleurs pour porter une autre vision de l’avenir.
2026 peut être l’année de villes insoumises.
2027 doit ouvrir le chemin d’une France Insoumise.
C’est cet espoir que je veux partager aujourd’hui et c’est cet engagement que j’invite chacune et chacun à rejoindre, partout où cela est possible, pour que le défaitisme ne soit jamais notre horizon commun.